Depuis la réforme du 1er janvier 2020, l’article 750-1 du Code de procédure civile impose le recours préalable à un mode alternatif de résolution des différends pour certaines actions en justice. Pourtant, plusieurs exceptions, souvent négligées, permettent d’y déroger.
De récentes décisions du Conseil d’État sont venues préciser la portée de ces dérogations et affiner la lecture de la règle. Ces évolutions modifient la stratégie procédurale et appellent à une vigilance accrue quant à la veille juridique dans ce domaine.
Décisions récentes du Conseil d’État : quels impacts sur l’application de l’article 750-1 du code de procédure civile ?
L’année 2022 a bousculé les certitudes autour de l’application de l’article 750-1 du code de procédure civile. Plusieurs recours ont atterri sur le bureau du Conseil d’État, qui s’est prononcé sans détour : la procédure d’adoption de cet article n’avait pas respecté toutes les formes requises. Résultat, une annulation prononcée. De quoi faire vaciller les habitudes dans les salles d’audience : la tentative amiable restait-elle incontournable ? La cour d’appel de Nîmes a tranché net : l’exigence subsistait, même après l’annulation. Ce choix interprétatif s’est vu confirmé par le Décret n°2023-357 du 11 mai 2023, qui a réinstauré clairement les dispositions contestées.
Ce nouveau texte vient baliser plus précisément la notion d’indisponibilité des conciliateurs. Dès qu’il faut attendre plus de trois mois pour obtenir un rendez-vous, l’indisponibilité est caractérisée et la tentative amiable devient facultative. Enfin une règle claire qui protège les justiciables face à l’engorgement des services de conciliation.
L’article 750-1 du code de procédure civile dresse un périmètre strict : il s’applique devant le tribunal judiciaire, pour les demandes de moins de 5 000 euros ou en cas de troubles anormaux de voisinage. Les autres juridictions, tribunal de commerce, conseil de prud’hommes, échappent à cette règle, et ce n’est pas un détail.
Ces précisions imposent aux avocats et aux justiciables d’ajuster leur manière d’engager une action. Quand la tentative amiable fait défaut, la sanction tombe sans délai : nullité ou irrecevabilité immédiate, sans appel possible.
Les exceptions méconnues à l’obligation de tentative amiable : évolutions jurisprudentielles et enjeux pratiques en 2024
Derrière la façade de l’article 750-1 du code de procédure civile, le législateur a prévu une série de dérogations. Certaines sont familières : procédure participative, médiation, conciliation. Mais d’autres, plus discrètes, sont nées d’une jurisprudence récente ou des usages du terrain judiciaire.
Le motif légitime englobe plusieurs situations : urgence manifeste, impossibilité concrète d’engager la démarche (comme l’absence ou l’indisponibilité d’un conciliateur, ou un délai supérieur à trois mois pour obtenir un rendez-vous), ou encore besoin d’une décision non contradictoire. Les juges exigent désormais une démonstration solide : des échanges de courriels ne suffisent plus, comme l’a rappelé la cour d’appel de Lyon en 2023. Il appartient au juge d’apprécier la réalité de l’empêchement invoqué.
Voici un aperçu des principales exceptions, issues de la loi et de la jurisprudence, qui apportent un peu de souplesse à cette obligation :
- Homologation d’un accord : la demande d’homologation d’un protocole d’accord dispense automatiquement de la tentative amiable.
- Recours préalable imposé par un texte : lorsqu’une procédure administrative préalable s’applique, la tentative amiable civile n’a pas lieu d’être.
- Procédure de recouvrement des petites créances : en cas d’échec de cette démarche, la dispense est acquise.
- Dispositions particulières : certains contentieux imposent déjà une tentative amiable, inutile donc d’en rajouter une couche.
La protection juridique prend souvent en charge les frais liés à la tentative amiable, sauf pour la conciliation qui reste gratuite. Attention cependant : cette tentative ne suspend ni n’interrompt la prescription. Le manquement à la règle n’est pas anodin, il expose à une nullité ou une irrecevabilité immédiate, et le juge n’a pas la possibilité de renvoyer à une médiation ultérieure. Une rigueur procédurale à ne pas sous-estimer.
Face à ces règles mouvantes et à la jurisprudence qui affine chaque exception, les justiciables doivent garder un œil attentif sur les évolutions. Entre obligation et marge de manœuvre, la stratégie procédurale se joue sur un fil. À chacun de savoir où il place le curseur, au risque de voir sa demande balayée d’un revers de main.


